Louis Althusser

Louis Althusser, né à Birmandreis le 16 octobre 1918, mort à l'hôpital de La Verrière le 22 octobre 1990 et inhumé au cimetière de Viroflay, est un philosophe français reconnu comme un acteur majeur du courant dit «structuraliste» des années 1960,...



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Philosophe français - Historien de la philosophie - Historien de la philosophie allemande - Philosophe du XXe siècle - Naissance en 1918 - Naissance en Algérie - Décès en 1990 - Ancien élève de l'École normale supérieure (rue d'Ulm) - Personnalité du Parti communiste français - Communiste français - Essayiste ou théoricien marxiste - Structuralisme - Courant philosophique - Naissance à Alger

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Louis Althusser
Philosophe occidental
Philosophie contemporaine
Naissance : 16 octobre 1918 à Birmandreis (Algérie)
Décès : 22 octobre 1990 à La Verrière (Yvelines, France)
École/tradition : structuraliste, marxiste
Principaux intérêts : philosophie politique
Influencé par : Machiavel, Marx, Hegel, Spinoza

Louis Althusser, né à Birmandreis (Algérie) le 16 octobre 1918, mort à l'hôpital de La Verrière (Yvelines) le 22 octobre 1990 et inhumé au cimetière de Viroflay, est un philosophe français reconnu comme un acteur majeur du courant dit «structuraliste» des années 1960, dans lequel on incluait fréquemment Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacan et Michel Foucault.

Biographie

Issu d'une famille alsacienne et catholique installée en Algérie, il fait des études à Alger et Marseille. Il intègre ensuite la khâgne du Lycée du Parc à Lyon, où il a comme professeur de philosophie Jean Guitton. Reçu à l'École normale supérieure en 1939, il est mobilisé et fait prisonnier en 1940. Il passe le reste de la guerre au Stalag de Schleswig, où il connaît ses premiers troubles psychiatriques (liés à un trouble bipolaire ). De 1945 à 1948, il est élève de l'ENS ; il est reçu second à l'agrégation de philosophie. Il devient marxiste et il intègre le Parti communiste en 1948.

La même année, il devient agrégé préparateur rue d'Ulm, où il exerce une influence certaine sur nombre d'étudiants dont énormément embrasseront le courant maoïste suite à mai 68. Plusieurs d'entre eux sont en effet membres de l'Union des étudiants communistes (UEC), qui entre alors dans une crise débouchant sur la création, en 1966, de l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, ou UJC (ml), maoïste). Le rapport d'Althusser avec le PCF est en effet ambigu : quoiqu'il en reste un membre sa vie durant, il se heurte fréquemment au comité central ainsi qu'au philosophe officiel du parti et membre du bureau politique, Roger Garaudy [1]. Dès le début des années 1960, il publie des articles hétérodoxes, en premier lieu dans La Pensée puis dans La Nouvelle Critique [1]. En 1962, il est ainsi critiqué par le sénateur et directeur de La Pensée Georges Cogniot d'être «pro-chinois» [1]. Il se heurte aussi à des intellectuels comme Roland Leroy ou Lucien Sève, autre philosophe officiel, qui considèrent le structuralisme comme «philosophie de la désespérance» (R. Leroy) et prônent un «marxisme humaniste», qui fait l'objet des critiques de Foucault et Althusser (surtout à cause de son caractère individualiste et subjectiviste) [1]. Althusser critiqua aussi durement son parti, en 1978, dans Ce qui ne peut durer dans le PCF.

Il critique aussi durement le stalinisme, à travers des interventions politiques et dans sa philosophie. Ainsi, il décrira en 1986 ce dernier comme la forme «trouvée» («non préméditée») par l'impérialisme en vue de l'exploitation des populations à l'intérieur du monde socialiste [2]

À Normale, il invite surtout Lacan, mais également Alexandre Matheron, aussi marxiste quoique d'orientation différente, ou alors opposée, de Althusser, et spécialiste de Spinoza, mais aussi Deleuze, autre grand lecteur de Spinoza.

Son activité est entrecoupée de séjours dans des cliniques psychiatriques. En janvier 1962, il débute ainsi à travailler sur Machiavel, au milieu d'une grave dépression, qui s'achève par trois mois d'hospitalisation [3]. Il devient en 1962 maître-assistant et soutient, sur travaux, une thèse pour le doctorat d'Etat ès lettres en 1967 à l'université de Picardie, deux ans après avoir publié Lire le Capital (1965) avec Etienne Balibar, Roger Establet, Pierre Macherey et Jacques Rancière, livre dans lequel il développe le concept de «lecture symptômale» afin d'expliquer la lecture marxienne d'Adam Smith, montrant que si Smith n'a pas vu certaines choses, ce n'est pas du fait d'un manque d'acuité, mais du fait du changement de problématique qu'il a induit, et qui l'a empêché de voir d'autres choses :

«la vue n'est plus alors le fait d'un sujet individuel, pourvu d'une faculté du "voir" qu'il exercerait soit dans l'attention, soit dans la distraction ; la vue est le fait de ses conditions structurales, la vue est le rapport de réflexion immanent du champ de la problématique sur ses objets et ses problèmes» [4]

En 1967, il forme à Normale le «groupe Spinoza», «calqué, pseudonymes compris, sur le modèle des organisations plus ou moins clandestines assez nombreuses à l'époque» (A. Matheron [3]). Alain Badiou, qui prendra part à la création de l'UCF (ml) , participe à ce groupe [5].

Le 16 novembre 1980, il étrangle son épouse, Hélène Rytmann, dans leur appartement de l'École normale supérieure ; il l'annonce au médecin de l'ENS qui contacte les autorités psychiatriques. Althusser est envoyé au Centre hospitalier Sainte-Anne et sert à désigner le philosophe Dominique Lecourt comme son représentant légal.

La justice le déclare dément au moment des faits en février 1981 en vertu de l'article 64 du code pénal de l'époque : «il n'y a ni crime ni délit quand l'accusé était en état de démence au moment des faits» (aujourd'hui remplacé par l'article 122.1 : «N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuro-psychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.»).

Dans le journal Le Monde du 14 mars 1985, Althusser lit un article de Claude Sarraute au sujet du succès du livre du Japonais Issei Sagawa, qui racontait comment il avait tué et mangé une jeune Hollandaise ; il avait effectué un bref séjour en hôpital psychiatrique en France, puis avait été renvoyé dans son pays en bénéficiant d'un non-lieu. Claude Sarraute écrit : «Nous, dans les médias, dès qu'on voit un nom prestigieux mêlé à un procès juteux, Althusser, Thibaut d'Orléans, on en fait tout un plat. La victime ? Elle ne mérite pas trois lignes. La vedette, c'est le coupable.»

Des amis d'Althusser lui suggèrent de protester. Il décide par conséquent d'entreprendre une autobiographie pour s'expliquer sur son geste : ce sera L'Avenir dure longtemps (pour la genèse de cette œuvre, cf. la présentation, par Olivier Corpet et Yann Moulier Boutang, de L'Avenir dure longtemps, Paris, Stock, 1992, p. II sq. surtout).

Une pièce de théâtre intitulée Le Caïman (2006) met en scène le meurtre en ajoutant un zeste d'ambiguïté aux raisons de ce dernier.

Philosophie

L'œuvre d'Althusser est marquée par plusieurs périodes, qu'il est complexe de totaliser en un seul moment cohérent et unique [3]. Célèbre pour avoir théorisé la «coupure épistémologique» et affirmé qu'il n'y a pas de Sujet de l'histoire («l'histoire est un processus sans sujet», disait-il, rompant avec l'interprétation orthodoxe du marxisme qui faisait du prolétariat le sujet de l'histoire - voir par exemple Georg Lukács), il se fait connaître pour la publication de Lire le Capital en 1965, co-écrit avec Etienne Balibar, Roger Establet, Pierre Macherey et Jacques Rancière). Outre le texte célèbre, «Idéologie et appareils idéologiques d'État» [3], il théorise à la fin de son œuvre un «matérialisme aléatoire», qui critique surtout le caractère téléologique du marxisme orthodoxe.

Selon Perry Anderson, Althusser et ses élèves ont marqué le marxisme en y introduisant le spinozisme :

«l'induction systématique de Spinoza dans le matérialisme historique par Althusser et ses élèves a été intellectuellement la tentative la plus ambitieuse de construire une lignée philosophique antérieure à Marx et de développer abruptement des nouvelles directions théoriques pour le marxisme contemporain à partir de là [6]

Althusser lui-même avait d'ailleurs clairement reconnu sa dette à l'égard de Spinoza dans le chapitre «Sur Spinoza» de ses «Eléments d'autocritique» :

«Nous avons été coupable d'une passion autrement forte et compromettante[7] : nous avons été spinozistes... nous avons fait le détour par Spinoza pour voir légèrement plus clair dans la philosophie de Marx... nous avons fait le détour par Spinoza pour voir légèrement plus clair dans le détour de Marx par Hegel

De même, Althusser s'intéresse à Machiavel après avoir entamé la critique de ce qu'il nomme sa "déviation théoriciste", qui l'a conduit à oublier la politique dans la définition et le développement même de la philosophie[8]. La réparation de cet oubli passe par une confrontation avec l'œuvre de Machiavel, qui le conduit certes à en donner une interprétation marxiste, ainsi qu'à discuter les présupposés de la théorie marxiste et de la philosophie politique classique. Pour Althusser, Machiavel est un praticien de la politique, dont le génie a consisté exactement à ne pas escamoter la réalité politique au profit de la théorie. "Il en résulte ce qu'on pourrait appeler un étrange vacillement dans le statut, philosophiquement respectant les traditions, de ces propositions théoriques : comme si elles étaient minées par une autre instance que celle qui les produit, par l'instance de la pratique politique[9]. " Le travail sur Machiavel a commencé en janvier 1962, au milieu d'une dépression qui s'achève par trois mois d'hospitalisation[10]. Le développement de la théorie est alors rapproché du délire : "j'avais le sentiment hallucinatoire (d'une force irrésistible) de ne rien développer d'autre que mon propre délire (... ). [11]"


Dans son texte «autobiographique» L'avenir dure longtemps[12] il précise :

«Je voudrais dire uniquement ici que ce que j'ai appris de plus précieux de Spinoza, c'est la nature de la «connaissance du troisième genre», celle à la fois singulier et universel, dont Spinoza nous offre un exemple éclatant et , fréquemment méconnu dans l'histoire singulière d'un peuple singulier, le peuple juif (dans le Tractatus théologico-politicus). que mon «cas» ait été un «cas» de cet ordre, comme tout «cas médical», «historique» ou «analytique, impose de le reconnaître et de le traiter dans sa singularité ; mais que ce cas singulier soit universel, cela ressort des constantes répétées (et non des lois vérifiables-falsifiables à la Popper) qui affleurent dans chaque cas et permettent d'en induire le traitement théorique et pratique d'autres cas singuliers. Machiavel et Marx ne procèdent pas autrement, dans une logique qui est passée presque inaperçue et qu'il faudrait développer.»
«Ce que je dois aussi directement et personnellement à Spinoza, c'est sa stupéfiante conception du corps, qui possède des «puissances inconnues de nous», et de la mens (l'esprit) qui est d'autant plus libre que le corps développe plus les mouvements de son conatus, sa virtus [13] ou fortitudo[14]. Spinoza m'offrait ainsi une idée de la pensée du corps, mieux, pensée avec le corps, mieux, pensée du corps même. Cette intuition rejoignait mon expérience d'approximation et de «recomposition» de mon corps en liaison directe avec le développement de ma pensée et de mes intérêts intellectuels.»


Coupure épistémologique

Selon lui, il faut revenir à un aspect scientifique et déterministe de la théorie marxiste, contre les interprétations et utilisations humanistes et idéologiques, soutenues par exemple par Lucien Sève ou John Lewis   (en) ). Il affirme qu'il existe une coupure épistémologique qu'il situe entre le jeune Marx des Manuscrits de 1844 procédant à un matérialisme historique et le Marx qui a établi la conception de matérialisme dialectique de L'Idéologie allemande, Le Capital. Il rejoint la thèse de Marx selon laquelle toute philosophie méconnaît la réalité pratique à laquelle elle correspond, en particulier pour son versant parfaitiste. Pour lui, les formations sociales forment de plus des invariants structuraux qui surdéterminent les formations sociales[15].

Il entreprend une relecture systématique et minutieuse de Marx, pour en dégager le fond scientifique, contre les interprétations idéologiques des partis politiques et l'écrasement sous l'idéologie d'État du stalinisme triomphant : il s'agit de défaire là l'idéologisation de Marx par le stalinisme. Mais également une relecture contre les interprétations humanistes et économistes (qui vont de pair), qui édulcorent le sens, la force d'invention, la puissance analytique et le caractère original, subversif et novateur sur un mode sui generis. Dans son premier recueil, Pour Marx, il déclare entreprendre de relire Marx pour le dégager des scories déposées par l'histoire : soit, sur le versant de l'histoire politique, le stalinisme ; et sur le versant de l'histoire des idées, l'évolutionnisme linéaire (ou historicisme).

Althusser va réaliser une relecture de Marx en le dégageant des sédiments qui le recouvrent. Il s'agit du projet de découvrir sa philosophie à l'œuvre dans son maître ouvrage Le Capital. Aussi Marx comme théoricien de l'histoire, et c'est la découverte, inaugurée par Marx, du «continent histoire» (comme Freud aurait découvert le «continent de l'inconscient»), comme pratique nouvelle d'une histoire qui accède à la dimension de science. Et Marx comme initiateur d'une théorie du Capital et de la critique de l'économie politique, cette dernière qualifiée par Marx de sublimation des intérêts de la bourgeoisie érigée en discipline aux prétentions savantes.

Cette nouvelle lisibilité initiant un intérêt inédit pour Marx théoricien majeur, par-delà l'utilisation politique, sera le fait d'une injection de créations dans les domaines de l'épistémologie, de la linguistique et de la psychanalyse, dont il importe certains concepts en leur donnant un nouveau sens et une nouvelle fonction. Du côté de la tradition, ce seront principalement, Hegel, Spinoza, Hobbes, Machiavel et toute la philosophie politique relus et combinés, pour ne pas dire insérés au cœur des analyses de Marx. Ce sera le courant dit structuraliste, «anti-humaniste» et critique de l'historicisme (sous l'effet des lectures de Heidegger ) qui, de manière concomittente avec Lévi-Strauss, Lacan et bientôt Foucault, feront apparaître, dans leurs champs respectifs d'investigation, la réalité comme effet de structures.

La vision d'Althusser a été critiquée par certains marxologues, mais également bien plus beaucoup : l'accusation de déformation de la pensée de Marx est même présente dans un film de Jean-Luc Godard, Vent d'Est, où la préface d'Althusser au Capital est raillée. La Leçon d'Althusser, rédigé par Rancière en 1974 (éditions Gallimard), forme certainement l'une des critiques les plus radicales des thèses et des pratiques d'Althusser.

Œuvres

Notes et références

  1. Frédérique Matonti, «Marx entre communisme et structuralisme», Actuel Marx, n° 45 2009/1 [lire en ligne]
  2. Thèses de juin 1986 (feuillets dactylographiés, Archives IMEC). Cité par Toni Negri, «Pour Althusser : notes sur l'évolution de la pensée du dernier Althusser», décembre 1993, publié sur le site de Grande variétés.
  3. Voir par exemple Alexandre Matheron, Louis Althusser ou l'impure pureté du concept, Dictionnaire Marx contemporain (dir. Jacques Bidet et Eustache Kouvélakis), PUF 2001. Publié sur le site HyperSpinoza le 8 mars 2004, mis à jour le 10 mai 2004.
  4. Introduction à Lire le Capital, cité par Alexandre Matheron, Louis Althusser ou l'impure pureté du concept, publié le 8 mars 2004, mis à jour le 10 mai 2004, sur le site HyperSpinoza
  5. Jason Barker, Alain Badiou : a critical introduction, Pluto Press, 2002 (p. 1)
  6. En anglais : "the systematic induction of Spinoza into historical materialism by Althusser and his pupils was intellectually the most ambitious attempt to construct a prior philosophical descent for Marx and to develop abruptly new theoretical directions for contemporary Marxism from it. " (Perry Anderson, Considerations on Western Marxism, London, New Left Books, 1976, p. 65) En réalité, comme le remarque André Tosel dans Du matérialisme de Spinoza (éd. Kimé, 1994), le marxisme s'est tourné vers Spinoza à chaque crise, dans les années 1890, 1920, 1970 et 1980, d'August Thalheimer à Toni Negri, en passant par Plekhanov (voir préface de Warren Montag   (en) à Etienne Balibar, Spinoza and Politics, Verso, 1998).
  7. Que le structuralisme.
  8. "Très en gros, écrit Althusser, je me suis avisé de deux choses : 1. que la philosophie avait un rapport organique avec la politique et 2. que je ne savais pas ce qu'est la politique. Lettres à Franca, Stock/Imec, 1998, p. 754; cité par François Matheron, "Des problèmes qu'il faudra bien appeler d'un autre nom et peut être politique", in Althusser et l'insituabilité de la politique, in Machiavel et nous, Tallandier, 2009, ici p. 183
  9. Machiavel et nous, Tallandier, 2009, p. 57
  10. François Matheron, "Louis Althusser ou l'impure pureté du concept"
  11. Lettres à Franca, ibid.
  12. pp. 233-234
  13. Virtus : vertu. La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même. Beatitudo non est virtutis premium, sed ipsa virtus. (Spinoza, Éthique V, prop. 42)
  14. Fortitudo : force d'âme. Je ramène à la Force d'âme les actions qui suivent des affections se rapportant à l'Âme comme elle connaît, et je divise la Force d'âme en Fermeté et Générosité. Omnes actiones quæ sequuntur ex affectibus qui ad mentem referuntur quatenus intelligit, ad fortitudinem refero quam in animositatem et generositatem distinguo. (Spinoza, Éthique III, prop. 59 scolie)
  15. Louis Althusser, Pour Marx, 1965

Voir aussi

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